« Les agents vont de nos jours proposer à un joueur français de venir évoluer en D1 Suisse. Car vu le nombre de joueurs de qualité en France, il peut être plus simple de se lancer ici en Suisse qu’en Ligue 1 » Jérémy Frick

Sans vraiment briller, l’équipe nationale suisse de football a su valider son ticket pour la prochaine Coupe du Monde. Les Helvètes seront ainsi au rendez-vous en Russie, placés dans le chapeau 2. Une belle performance qui permet de donner un coup de projecteur au championnat local, la méconnue D1 Suisse, ou Raiffeisen Super League suisse.

On ne va pas s’en cacher, le championnat de D1 Suisse n’est pas le plus regardé sur la planète football. Du reste, peu de joueurs composant l’équipe nationale y évoluent (ils n’étaient que deux sur la dernière liste). Malgré tout, cette ligue progresse, et des Français n’ont pas hésité à y élire domicile. En 2015, ils étaient 277 joueurs français à avoir choisi de s’exporter en Suisse. De Guillaume Hoarau à Yannis Tafer en passant par William Le Pogam et les binationaux Yrondu Musavu-King et Kevin Constant : tous y jouent.

Alors, comment la D1 Suisse fait-elle pour attirer les Français ? Comment peut-elle encore progresser ? Quels conseils faut-il donner aux joueurs français voulant évoluer en Raiffeisen Super League ? Pour agentfootball.fr, l’ancien espoir de l’Olympique Lyonnais, Jérémy Frick, aujourd’hui au Servette FC, fait le point.

Jérémy, vous avez été formé à l’OL. Quel regard portaient vos coéquipiers de l’époque sur la D1 Suisse ?

Formé à l'Olympique Lyonnais, Jérémy Frick a porté les couleurs du Servette en D1 Suisse.

Formé à l’Olympique Lyonnais, Jérémy Frick a porté les couleurs du Servette en D1 Suisse.

« Quand j’étais à Lyon, on me posait effectivement des questions sur le niveau du championnat suisse, sur la valeur de cette ligue. Il y avait une part d’intrigue à ce sujet, parce que c’est un championnat qui n’était et qui n’est pas encore trop connu ou considéré à l’étranger.

Franchement, les joueurs que je côtoyais à l’OL regardaient la D1 Suisse comme un championnat pas très élevé, qui n’avait pas l’un des meilleurs niveaux. Tout le monde connaissait les équipes comme les Young Boys de Berne ou le FC Bâle, mais ce n’est pas un championnat qui les faisait rêver (rires) ».

Sentez-vous, depuis, un changement dans le regard que portent les Français sur ce championnat ?

« Je pense, clairement, qu’il y a un changement. Quand on voit ce que font Bâle ou les Young Boys en Coupe d’Europe, en Ligue des Champions ou en Ligue Europa, ça provoque un changement de perception sur le championnat suisse. On voit aussi que les salaires peuvent être intéressants, ça donne un changement de perception et on voit d’ailleurs de plus en plus de Français venir en D1 Suisse ».

«Les joueurs savent aussi que la D1 Suisse peut servir de tremplin, du coup ils hésitent aujourd’hui moins à venir.»

Jérémy Frick, ici à gauche, connait bien la D1 Suisse.

Jérémy Frick, ici à gauche, connait bien la D1 Suisse.

Lorsque vos connaissances françaises vous parlent de la D1 Suisse, sentez-vous un certain engouement dorénavant ?

« Moi, j’entretiens encore des relations avec d’anciens partenaires à l’OL. Il est vrai que, oui, certains clubs suisses sont intéressants. Les joueurs savent aussi que le championnat suisse peut servir de tremplin, du coup ils hésitent aujourd’hui moins à venir.

La Suisse attire aussi de par sa qualité de vie. Tous les joueurs français qui sont venus en Suisse le disent, c’est un pays qui est attrayant par rapport à sa qualité de vie. Par exemple, un joueur comme Alexandre Alphonse (Servette FC) sait que c’est intéressant pour sa famille ».

Sentez-vous, dans l’autre sens, un engouement des clubs, dirigeants, et agents suisses, pour le football français ?

« Oui, je vais prendre l’exemple de Jean-Pierre Nsamé. Certes, il n’est pas Français, mais évoluait à Angers et il a donc été cherché en France. On sait qu’en France il y a un gros réservoir de joueurs. Les agents vont ainsi de nos jours proposer à un joueur français de venir évoluer en Raiffeisen Super League. Car vu le nombre de joueurs de qualité en France, il peut être plus simple de se lancer ici en Suisse qu’en Ligue 1. Aujourd’hui, la D1 Suisse manque encore de médiatisation. Mais de plus en plus d’étrangers, français ou allemands, viennent. C’est le meilleur moyen de faire parler de ce championnat. Des joueurs comme Guillaume Hoarau, ça fait parler ».

Que diriez-vous à un joueur français intrigué par la méconnue Raiffeisen Super League suisse ?

La D1 Suisse est largement dominée par Bâle, champion pour la huitième fois de rang.

La D1 Suisse est depuis près d’une décennie dominée par le FC Bâle.

« Déjà, de ne pas regarder par rapport au nombre de spectateurs. Il faut le dire, partout où on joue, les stades ne sont pas forcément garnis. Mais il ne faut certainement pas se focaliser là-dessus. Moi, depuis que j’évolue au Servette, j’ai vu pas mal de joueurs briller pour évoluer aujourd’hui à Bâle ou aux Young Boys, voire en D1 allemande. Les jeunes joueurs français ne doivent pas hésiter à venir, c’est vraiment un très bon tremplin. Mieux vaut jouer en D1 ou D2 suisse qu’être en CFA ou  cirer le banc en Ligue 1 ou Ligue 2 ».

Un dernier mot concernant l’équipe nationale, qualifiée pour la Coupe du Monde, avec une large majorité de joueurs évoluant à l’étranger. Est-ce dommageable pour le championnat local ?

« Aujourd’hui, la D1 Suisse a moins de joueurs internationaux suisses, c’est clair. Mais il faut le prendre plutôt positivement. Cela veut dire que c’est un championnat qui laisse la place aux jeunes, qui leur permet de se révéler. On ne va pas se mentir, quand on évolue en Raiffeisen Super League, le rêve n’est pas forcément d’y faire une carrière complète mais plutôt de partir à l’étranger.  Mais il faut positiver, ça permet aux espoirs de se montrer à haut niveau ».

Agentfootball.fr remercie chaleureusement Jérémy Frick d’avoir pris le temps de nous éclairer sur l’intérêt réciproque que peuvent se porter la Raiffeisen Super League suisse et les joueurs français.

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