« Pour être agent de joueurs en Angleterre, il faut avoir un réseau solide pour y faire entrer des sportifs »

Un mercredi soir comme un autre, Larsen Touré rentre de l’entraînement. Un peu fatigué par les séances physiques du foot anglais, il se jette dans son canapé pour répondre aux questions d’agentfootball.fr au sujet du rôle d’agent de joueurs. Avec le sourire, comme d’habitude. Car si Larsen Touré est d’abord un homme joyeux, il est aujourd’hui un footballeur heureux. « J’ai réalisé un rêve de gosse », nous raconte-t-il en évoquant son transfert à Ipswich Town cet été.

Située à une centaine de kilomètres de Londres, Ipswich est une petite ville nichée à l’est de l’Angleterre, dans le Suffolk. Actuels 5e du classement de Championship (2e division anglaise), ceux que l’on surnomme les « Tractor Boys » évoluent au Portman Road Stadium, magnifique stade d’une capacité de 30 000 places. Larsen Touré se sent bien dans son nouveau club et mesure le chemin parcouru depuis ses débuts professionnels sous le maillot de Lille, en 2005. Dix ans plus tard, le voilà en Angleterre après être passé par Gueugnon, Grenoble, Brest, Sofia et Arles-Avignon. Il nous raconte sans tabou le déroulement de sa carrière au rythme de son expérience avec les agents de joueurs.

Un témoignage tout aussi destiné aux jeunes joueurs qu’aux plus anciens !

L'attaquant d'Ipswich Town, Larsen Touré a accepté de répondre à nos questions au sujet de l'épineuse relation entre agent de joueurs et sportif.

Larsen Touré, ancien Lillois et Brestois, porte désormais le maillot d’Ipswich.

Réaliser son rêve à… 31 ans, et oui c’est possible !

« Jouer en Angleterre, c’est un rêve de gosse. Maintenant que j’y suis, je réalise que j’ai beaucoup de chance de jouer dans un championnat qui me passionne depuis que je suis tout petit. C’est aussi une fierté, bien sûr, parce que mon parcours n’a pas été linéaire, j’ai connu des hauts et des bas. Arriver ici à 31 ans, c’est pas banal. J’en rigolais récemment avec un ami, il m’a dit « mieux vaut tard que jamais » ! Je suis content de moi. Et puis j’ai joué à Old Trafford en Cup… J’en ai rêvé. J’aurais préféré fouler la pelouse il y a dix ans, quand Lille était dans le groupe de Manchester en Ligue des champions. Il y avait un effectif de dingue et Sir Alex Ferguson sur le banc surtout. Je suis un grand admirateur. Mais encore aujourd’hui, c’est un grand club et je suis toujours aussi fan ».

Choisir un agent avec un réseau solide, c’est mieux !

« L’été dernier, une opportunité s’est présentée par le biais de Jonathan Bru, ancien footballeur dont le petit frère, Kevin, évoluait avec moi à Sofia. C’est lui qui est venu vers moi, sachant qu’il me connaissait déjà un peu. Au début, on a parlé de tout, pas forcément de foot. J’ai senti qu’il voulait vraiment travailler avec moi, pas seulement gagner de l’argent. Ensuite, quand il m’a parlé d’Ipswich, on a approfondi les discussions. Signer en Angleterre n’est pas donné à tout le monde, jusqu’en 4e division c’est compliqué tellement le championnat relevé. Les stades sont grands, pleins tous les week-ends et on joue contre de grands joueurs à chaque match. Aujourd’hui, l’Angleterre, c’est une autre dimension. Pour y être agent de joueurs faut avoir un réseau solide pour y faire entrer des sportifs ».

« Il y a de bons agents de joueurs mais il y a aussi des escrocs »

« Lors de ma première année pro à Lille (en 2005, ndlr), j’ai commencé à recevoir des courriers, auxquels je n’ai jamais donné suite. J’étais jeune, un peu gamin – d’ailleurs je le suis toujours un peu ! (rires) – et un joueur comme Grégory Malicki était très protecteur envers moi, je l’écoutais avec attention. Finalement, mon père Mady, qui avait été joueur, m’a présenté Frédéric Dobraje, un agent de joueurs en place dans la région. Il m’a alors conseillé de travailler avec son adjoint de l’époque, Stéphane Ecora, qui a un gros réseau en Ligue 2. J’étais tout jeune mais j’ai eu un bon feeling avec lui. J’en garde un bon souvenir. On ne travaille plus ensemble car, comme je le disais, il était spécialiste d’une division, c’est lui qui m’a permis d’aller à Gueugnon, à Grenoble mais ensuite, j’ai eu envie d’autre chose. Je retiens surtout ma relation avec Stéphane Ecora, avec qui je suis encore en contact, et mon agent sportif actuel. Les autres… Il y a de bons agents de joueurs mais il y a aussi des escrocs ».

« J’ai vu tellement d’agents de joueurs se prendre pour d’autres … »

Comment des agents de joueurs ont torpillé son transfert à Lens

« Après Brest, à l’été 2013, j’aurais dû signer à Lens. Mon agent sportif avait fait le nécessaire, tous les accords avaient été trouvés. Hafiz Mammadov venait d’arriver, j’étais un joueur libre, ça arrangeait tout le monde. Mais voilà, qui dit libre, qui dit possibilité d’avoir des primes à la signature certains « agents de joueurs » y ont vu leur intérêt. 5-6 personnes se sont présentées au club en se présentant comme « agent sportif de Larsen Touré ». Je ne leur avais évidemment rien demandé. Les dirigeants ne savaient plus qui croire et au final, ils ont préféré laisser tomber. Alors entre ces gens-là et ceux qui veulent t’imposer dans un club alors que tu n’as pas envie d’y aller… Ce n’est pas ça une relation entre agent de joueurs et footballeur. Et puis, il ne faut jamais oublier que c’est nous qui sommes sur le terrain ! J’ai vu tellement d’agents sportifs se prendre pour d’autres ».

Pourquoi et comment on se retrouve au Levski Sofia ?

« Mon transfert à Lens ayant avorté, je me suis retrouvé sans club. Enfin, je ne peux pas dire ça. J’avais des propositions, sincèrement. Mais elles me demandaient trop de sacrifices financiers, j’avoue. C’est l’été où les clubs traversaient une vraie crise et ils proposaient des salaires vraiment bas. Donc quand l’opportunité du Levski Sofia s’est présentée, j’ai franchi le pas. Déjà c’est une expérience à l’étranger et puis, pour être complètement honnête, les salaires sont nets d’impôts. A l’époque, je changeais de numéro de téléphone tous les 3-4 mois, là j’ai réussi à me calmer. Mais cela ne m’a pas empêché d’être démarché. Une quinzaine d’agents de joueurs m’ont contacté, ils avaient tous un club pour moi si je signais leur mandat. J’avais de l’expérience, je savais comment couper court aux conversations. Finalement, c’est le club de Sofia qui m’a contacté directement. J’avais déjà signé un mandat et cela m’avait mis dans une situation compliquée donc je n’ai pas refait la même erreurs ».

« Trop d’agents veulent juste te faire signer le fameux mandat et après, il n’y a plus rien. »

Conseil pour les jeunes : un bon agent de joueurs ET la famille

« Si je peux conseiller les jeunes dans leur choix, j’ai envie de leur dire de ne jamais se couper de leur famille, déjà. Ce sont les seules personnes en qui on peut avoir entièrement confiance. En début de carrière, on a besoin d’être entouré et protégé. Seule la famille peut faire ça. Et puis, si un jour tu te retrouves seul, tu fais quoi sans famille ? Après, quand la carrière prend un autre tournant, il faut trouver un bon agent de joueurs pour mettre toutes les chances de son côté sur le plan sportif. C’est quoi un bon agent de joueurs ? C’est avant tout de la confiance, du respect et de l’amitié. Un bon agent de joueurs est quelqu’un de discret et présent pour son joueur. J’ai déjà signé un mandat à une personne qui ne te rappelle jamais. Le mec a 45, 50 joueurs, comment voulez-vous qu’il s’occupe bien de vous ? (lire l’article : Sébastien Corchia: « La réputation d’un agent sportif est importante ») J’ai aussi connu un agent de joueurs qui, quand tu te retrouves sans club, te mène en bateau. Il te rabâche « t’inquiète pas, on va trouver » mais en fait, il n’a rien du tout. Il te garde juste sous le coude, « au cas où ». Il ne veut pas te laisser filer avec un autre mais tu n’es pas dans ses priorités. Trop d’agents de joueurs veulent juste te faire signer le fameux mandat et après, il n’y a plus rien ».

Un grand merci à Larsen

Un grand merci à Larsen Touré pour le temps qu’il a consacré à agentfootball.fr, nous lui souhaitons bonne continuation sous les couleurs d’Ipswich !