« C’est le joueur qui fait l’agent, et pas l’inverse »

Un vendredi soir, veille de match. La nuit est tombée depuis longtemps sur Istanbul lorsqu’Aurélien Chedjou se pose pour nous répondre sur le délicat sujet des agents sportifs. Du côté européen comme du côté asiatique, la capitale turque est encore en effervescence. Là-bas, le temps ne s’arrête jamais. Le lendemain, Galatasaray reçoit Gençlerbirligi. L’ancien Lillois sait que ses équipiers et lui n’auront pas le droit à l’erreur devant leur public. « On peut perdre, bien sûr, mais il faut mouiller le maillot, raconte-t-il. Lors de ma première année ici, on a pris 6-1 contre le Real en Ligue des champions. Les supporters continuaient à chanter… J’en ai encore la chair de poule ».

En Turquie, on joue pratiquement tous les trois jours et cela ne dérange personne, au contraire. Aurélien Chedjou s’est vite habitué au rythme. Installé avec sa femme et sa petite Aurène (il est aussi papa d’un petit bonhomme, Cassius), l’international camerounais, qui a tenu à apprendre un minimum de vocabulaire turc, se sent désormais comme un vrai Stambouliote.

Pour agentfootball.fr, il prend le temps d’expliquer sa relation avec les agents sportifs qu’il a connus durant sa carrière, de Villarreal à Galatasaray, en passant par Pau, Auxerre, Rouen et Lille. Sans oublier d’évoquer les mauvaises rencontres vécues par certains de ses potes camerounais.

Aurélien Chedjou - Mes agents sportifs et moi - Célébrant le titre avec Sneijder et Podolski

Célébrant le titre avec Sneijder et Podolski

A quel âge avez-vous eu votre premier agent sportif ?

« J’ai eu un agent sportif dès mon arrivé en Espagne (à Villarreal, en 2002, ndlr), du coup j’en ai pris un espagnol. J’avais 17 ans, je venais de débarquer en Europe. Mais quand il a commencé à me prendre la tête, que je ne me suis plus senti en phase avec lui, je l’ai viré. En 2006, j’ai fait connaissance avec celui qui est devenu mon agent. Mais c’était bien plus qu’un simple agent sportif. Il est vite devenu un ami et même si on ne travaille plus ensemble aujourd’hui, j’en garde plutôt un bon souvenir. On se disait les choses en face, même celles qui fâchent. C’est ce que j’appréciais car cela nous permet d’avancer ».

Comment l’aviez-vous rencontré, lui qui a suivi une partie importante de votre carrière ?

« C’était lors de ma dernière saison en CFA à Auxerre ; on venait de me dire que je ne passerais pas pro. Au lieu de me faire croire que je jouerais dans un grand club grâce à lui, mon agent sportif m’a simplement parlé entre quatre yeux et il m’a dit qu’il n’avait pas mieux qu’un challenge à Rouen à me proposer. Que je ne pouvais pas viser plus haut et que c’était sans doute de ma faute. J’ai apprécié sa sincérité. Pour moi, c’est vraiment primordial ».

Pourquoi vous en êtes-vous séparé ?

« C’était un peu avant ma dernière saison à Lille, en 2012-2013. J’ai senti qu’on n’était plus sur la même longueur d’ondes, qu’il n’était plus en phase avec mes ambitions. J’avais un nouveau challenge en tête, je voulais vivre une expérience à l’étranger. Quand c’est comme ça, je préfère ne pas insister. Il faut vraiment qu’on aille dans la même direction. C’est là que j’ai rencontré, via un ami, John Chiche et Grégory Gélabert du cabinet Team Eleven. J’ai tout de suite aimé leur manière de parler avec beaucoup de franchise. J’ai découvert des gens jeunes et ambitieux et j’ai senti qu’ils voulaient qu’on avance ensemble ».

« Mes agents sportifs ne l’ont jamais fait savoir mais Galatasaray n’était pas la meilleure affaire pour eux. »

Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu chez eux ?

« Quand j’ai décidé de quitter Lille, ils avaient eu plusieurs propositions, qu’ils m’ont présentées. Ils m’ont donné leur avis, m’ont conseillé, mais c’est moi qui ai eu le dernier mot. Cela va peut-être vous surprendre mais ce n’est pas toujours le cas. Déjà j’étais tellement attaché à Lille que je ne voulais pas jouer dans un autre club français. J’ai choisi ma destination, c’était mon choix. D’ailleurs mes agents sportifs ne l’ont jamais fait savoir mais Galatasaray n’était pas la meilleure affaire pour eux. Pourtant ils n’ont jamais fait passer leurs intérêts avant les miens. Cela m’a conforté dans mon choix de leur avoir fait confiance. Aujourd’hui, ce sont des personnes très importantes pour moi, juste après ma famille proche ».

Est-ce qu’ils vous rendent souvent visite ?

« La première chose que je leur ai demandé, c’est de venir le plus souvent possible. A Lille, j’avais tous mes repères, mes amis. J’avais peur, j’avoue, car je partais dans l’inconnu. Les premières semaines à Istanbul, j’étais seul, ma femme n’était pas encore arrivée. Ils ont été un grand soutien. Leur présence m’a fait un bien fou, je pouvais me concentrer sur mes entraînements. Aujourd’hui encore, dès qu’ils ont 2-3 jours, ils viennent me voir. Comme je ne peux pas revenir souvent dans le Nord, ce sont eux qui viennent en Turquie. Ce sont mes amis, ça me du bien de les voir ».

Vous semblez heureux à Galatasaray mais parlez-vous quand même de la suite de votre carrière ?

« Oui, on en parle. En fin de saison, il me restera un an de contrat. Ma priorité, c’est Galatasaray. Je sens que je fais partie de la famille. Je n’ai aucun problème avec personne et je pense qu’eux sont contents de mes performances. Le projet me plaît toujours autant. Mes agents sportifs ont déja quatre propositions de clubs situés dans d’autres pays mais j’ai envie de rester encore un bout de temps ici ».

« J’ai énormément d’amis qui se sont fait berner par des pseudos – agents sportifs. »

Connaissez-vous certaines personnes tombées sur des agents sportifs peu scrupuleux ?

« Oui, j’ai énormément d’amis qui se sont fait berner par des pseudos – agents sportifs. Au Cameroun, c’est très fréquent. Quand on voit débarquer des Européens autour des terrains de foot, on sait ce qu’ils viennent chercher. Ils amènent les gamins et les abandonnent après. Ces amis, beaucoup sont aujourd’hui sans papiers, à Paris ou ailleurs. On leur a promis monts et merveilles et l’agent en question a disparu sans laisser d’adresse ».

Que pensez-vous d’une initiative comme l’E.A.J.F ?

« L’E.A.J.F (L’école des Agents de Joueurs de Football) est une initiative qui peut aider les jeunes joueurs à trouver des agents sportifs compétent. Maintenant, il faut faire attention à ne pas généraliser l’image négative véhiculée par certains agents sportifs. Mais il faut être vigilant et ne pas se faire endormir par un vendeur de rêves. Je pense que la responsabilité incombe d’abord au joueur, qui doit se faire une idée de l’agent qu’il veut avoir. On ne sait pas toujours qui est en face de nous mais c’est toujours le joueur qui prend la décision. C’est le joueur qui fait l’agent, et pas l’inverse ! ».

Des nouvelles d’Aurélien

Agentfootball.fr remercie chaleureusement Aurélien Chedjou pour sa disponibilité, sa sympathie et son éternel sourire. Le footballeur prend de l’envergure mais l’homme reste fidèle à ses valeurs…